01 sept. 2008 Michael AugustineRead in English
Je m’apprête maintenant à grogner, alors je m’excuse à l’avance si je deviens un peu… militant.
Être handicapé, c’est difficile. Personne ne peut le nier. On est toujours à lutter entre son désir d’autonomie et la nécessité d’accepter qu’on a parfois besoin d’aide pour accomplir les tâches que d’autres tiennent pour acquises et trouvent faciles à accomplir. On dit qu’il faut être fort pour demander de l’aide, mais cela est parfois perçu comme un signe de faiblesse, tant par la personne qui la demande que par la personne à qui elle la demande.
Hier, un bon samaritain qui avait des problèmes de limites personnelles m’a sérieusement, disons, contrarié.
Si vous n’avez jamais besoin d’un fauteuil roulant, vous n’aurez jamais à vivre cette expérience qu’on pourrait qualifier de « détournement ». Vous êtes quelque part, n’importe où, à vaquer à vos occupations en toute quiétude, quand soudain un pur étranger décide de faire fi de votre autonomie et d’entreprendre pour vous la tâche que vous êtes en train d’accomplir, sans vous demander la permission et sans même avoir aucune idée de ce que vous êtes en train de faire. Il semble que ces bons samaritains mal avisés et trop empressés aient l’impression que vous ne savez rien faire et que vous avez désespérément besoin qu’ils surmontent pour vous une difficulté dont ils sont convaincus que vous ne pouvez surmonter seul.
Hier, je faisais des courses au centre-ville quand, surgi de nulle part, un… je dois le dire… « idiot » a décidé de me pousser, sans même me demander où je voulais aller. Comme si ça ne suffisait pas, il refusait de s’arrêter malgré mes objections répétées, n’ayant rien de mieux à dire que de m’enjoindre à le laisser « prendre soin » de moi. Comme nous avions dépassé depuis longtemps l’endroit où je voulais aller et que j’étais désormais en colère, j’ai crié mon opinion très clairement, « beurrant » généreusement de quelques exclamations qui confirmaient mon sentiment. Il est disparu aussi vite qu’il était apparu, complètement abasourdi de mon refus de le laisser m’« aider ».
J’ai toujours été un « bon gars » et j’ai toujours cru en la valeur d’aider ceux qui en ont besoin. Cependant, il y a une GRANDE différence entre offrir son aide et envahir quelqu’un de « soins » non sollicités. Peu de choses offensent autant la dignité que de se voir voler son autonomie sans avertissement par un pur étranger croyant à tort qu’on est incapable de faire quoi que ce soit. Ce qui rend ce genre d’écart de conduite encore plus énorme, c’est que ceux qui en sont le plus souvent coupables se sont donné pour mission de « faire quelque chose pour les pauvres handicapés de ce monde », convaincus qu’ils sont de leur propre supériorité morale.
Je suis bien conscient d’avoir l’air arrogant, d’autant plus que je m’exprime contre la bonté de purs étrangers, mais de tels ignares, trop souvent sûrs de leurs obligations morales ridicules, finissent par poser des gestes aussi dangereux que leurs intentions sont nobles. Je vous donne un exemple.
Il y a environ un an, j’attendais au terminus d’autobus et j’avais actionné mes freins pour éviter de déraper sur le trottoir et de me retrouver sur la trajectoire d’un véhicule en mouvement. Quand l’autobus s’est approché, mon fauteuil s’est mis à avancer de lui-même et les freins, toujours actionnés, raclaient mes pneus. Je me suis retourné et j’ai vu derrière moi un homme âgé qui me pousser avec peine. Je n’avais aucune idée de qui il était, ni de la raison pour laquelle il sentait le besoin de me pousser, mais, malgré mes demandes polies et répétées, il continuait de pousser et d’user considérablement mes pneus. De plus, malgré mes tentatives de m’éloigner, nous étions maintenant tout près du bord du trottoir, qui avait six pouces de hauteur, et j’étais sur le point d’être projeté dans la trajectoire d’un autobus très gros et très LOURD.
Comme j’avais tout tenté pour faire comprendre à ce crétin qu’il était en train de me mettre en péril, je n’avais plus d’autre choix que de faire la seule chose qui m’est venue à l’esprit pour sauver ma peau : m’allonger le bras pour lui mettre mon poing à la figure. Il a sursauté et est parti en colère, criant ce que je présume être des obscénités en me jetant des regards mêlant la colère et le dégoût, comme si je venais de le remercier de ses efforts les plus nobles par un vulgaire mépris. Voilà bien un exemple flagrant de quelqu’un qui dépasse les limites. Pourtant, il y avait autant de gens qui me regardaient avec mépris que de gens qui hochaient la tête à la stupidité du vieil homme.
Dans toute collectivité vraiment diversifiée, il y a toujours quelques membres, d’ici ou d’ailleurs, qui ont des perceptions mal informées sur les personnes handicapées. Or, nous vivons dans une société très moderne où tous sont considérés comme des égaux et où il n’y a plus de raison de s’agripper à ces vieilles idées largement dépassées. Le vieil adage qui dit que le chemin de l’Enfer est pavé de bonnes intentions a sa raison d’être : combinée à l’arrogance, l’ignorance est très dangereuse. Il est maintenant temps de prendre un chemin différent, non pas de seules bonnes intentions, mais de compréhension et, surtout, de respect pour la dignité d’autrui.
On ne saurait trop insister sur ce point. Il n’y a aucune raison qui justifie de prendre en main les actions d’une personne compétente, JAMAIS, même lorsque vous la jugez incompétente à cause de votre propre compréhension limitée, en particulier quand on ne vous a rien demandé, et surtout pas quand vous ne connaissez pas la personne que vous voulez aider et que vous ne savez pas si cette personne souhaite votre aide ou non. Quoi qu’on en pense, la pitié n’est PAS synonyme d’empathie.
Je ne peux forcer personne à comprendre le concept fondamental du respect, mais pour en avoir une bonne idée, pensez aux fois où d’autres ont brimé vos libertés et vos décisions sous prétexte que c’était « pour votre bien ». Ce non-respect de l’autosuffisance est profondément vexant – et dangereux. Oui, je me déplace en fauteuil roulant, ce qui rend certaines choses difficiles à faire pour moi. Mais pensez-y, n’y a-t-il pas des choses que vous trouvez difficiles aussi?
La prochaine fois que vous déciderez de prendre en main un être humain, réfléchissez avant d’agir. Si un jour vous vous trouviez de l’autre côté de la médaille de cette situation et que vous receviez une « aide » non demandée et dangereuse, vous risqueriez de trouver le chemin long et difficile!
Voilà, c’est tout, j’ai fini de grogner! Et maintenant, reprenez le travail ou ce que vous faisiez avant de lire mon billet. J’espère seulement que le message a bien passé et que chacun en ressortira un peu plus avisé.
Irrévérencieusement,
Aug, qui se sent un peu mieux maintenant qu’il s’est épanché