07 déc. 2008 Michael AugustineRead in English
Et voici la deuxième partie :
Les gens qui me connaissent savent que l'alimentation occupe une place importante dans ma vie. Je mange à peu près de tout et, en règle générale, j'apprécie pratiquement tout ce qu'on me présente, et ce, quel que soit le moment où on me le propose. Tout me semble bon à l'exception de la réglisse noire (parfois), des marinades (la plupart du temps) et de tout ce qui bouge encore (en TOUT temps), et même là, je pourrais être encore partant. En plus de cette passion pour la nourriture, je suis devenu un assez bon cuisinier, capable de préparer un repas en vitesse à partir de presque tout ce qui me tombe sous la main, sans avoir à consulter la moindre recette. Cependant, quelles que soient mes aptitudes pour la cuisine, mon plus grand talent est celui que j'ai pour la pâtisserie, du moins pour ce qui est de la préparation.
Je suis en fait un cuisinier confirmé depuis l'âge de 18 ans, ayant beaucoup appris de mon père, qui cuisinait de façon traditionnelle (c'est-à-dire en ajoutant une petite pincée de ceci ou un soupçon de cela). Mes aptitudes pour la cuisine m'ont été fort utiles à l'université, me permettant de me régaler de bonnes choses comme des sautés ou du poulet rôti, tandis que mes congénères se contentaient de macaronis instantanés au fromage, un aliment de base universel parmi les étudiants et qu'un grand nombre d'entre eux consommaient à une fréquence si alarmante qu'ils l'avaient baptisé le « poison jaune ».
La pâtisserie, toutefois, est une chose qui m'a terrorisé pendant des années. J'ai fait mes premiers pas dans ce domaine en tentant de faire des biscuits aux brisures de chocolat. En fait, ce qui a résulté de ce premier essai ne ressemblait guère à des biscuits, mais plutôt à des briquettes de charbon. Comme je vivais à l'époque dans un appartement sans balcon ni barbecue, je n'avais aucune raison de poursuivre cette production de briquettes aux brisures de chocolat. Je mis donc de côté la pâtisserie pour un moment.
Qu'en est-il quelques années plus tard? J'occupe actuellement un appartement mis à ma disposition dans le cadre d'un programme de résidence assistée et où je bénéficie de services de soutien à la personne en ce qui a trait aux tâches domestiques de base, comme le ménage, la cuisine et la lessive. Pour en arriver là, j'ai dû attendre patiemment pendant plus de deux ans jusqu'à ce qu'un appartement se libère et qu'on me demande si cela m'intéressait ENCORE. Ayant demandé à voir l'appartement en question avant de prendre ma décision, j'ai tout d'abord fait le tour de l'édifice pour constater que celui-ci ne m'impressionnait guère. Le bâtiment montrait des signes de fatigue et la cuisine était loin d'être extraordinaire. J'ai donc fait savoir que je devais sérieusement reconsidérer mes choix et en discuter avec ma femme. Voyant mon manque d'enthousiasme, mon agent de liaison me suggéra de voir un deuxième appartement, dans un autre édifice, qui s'était libéré exactement au même moment. J'ai accepté et je dois admettre que l'appartement semblait très bien au premier coup d'œil. Cependant, malgré la nécessité pour moi de vivre en résidence assistée, c'est principalement sa majestueuse cuisine qui m'a finalement incité à emménager dans cet appartement.
Avez-vous déjà regardé un épisode d'une de ces comédies de situation, dans laquelle un des personnages entre dans une pièce pour contempler ce qui constitue, à ses yeux, le summum de ce à quoi il a toujours rêvé? Vous voyez la scène : le personnage se tient debout, bouche bée et l'air béat, presque stupide, le tout avec une version émouvante de l'Hymne à la joie de Beethoven comme musique de fond. Et bien, c'est exactement ce qui m'est arrivé lorsque j'ai vu ce que serait ma future cuisine. Elle n'était pas seulement grande, accessible pour une personne en fauteuil roulant, flambant neuve et impeccable, elle était TOUT cela à la fois et bien plus encore. Inutile de vous dire que je sus que j'allais reprendre mes essais en pâtisserie.
Comme le dit un proverbe, c'est quand on est vraiment prêt à apprendre ou à essayer quelque chose que le succès est pratiquement garanti. Cela a été exactement le cas pour moi. Une fois installé dans mon nouveau logis, je me suis mis immédiatement au travail. Mêmes si elles ne furent pas extraordinaires, mes premières pâtisseries se révélèrent assurément plus mangeables que les « briquettes de charbon ». Après un certain nombre d'essais hâtifs et, étonnamment, peu d'erreurs, le grand tournant finit par arriver, c'est-à-dire le moment où je compris intrinsèquement la « mécanique » me permettant de réussir mes pâtisseries sans avoir à consulter mes livres de recettes la plupart du temps. Peut-être était-ce le désir d'épater le monde ou tout simplement la peur de devenir obèse en me gavant de tout ce que je concoctais? Toujours est-il que je pris finalement la décision de partager mon « art » avec le personnel du Bureau national de la Société canadienne de la sclérose en plaques.
Mon engagement auprès de la Division de l'Ontario et le Bureau national de la Société canadienne de la sclérose en plaques était alors assez limité. À cette époque, j'étais directeur de la section de ma localité et je participais uniquement à un comité de communication ad hoc au niveau divisionnaire. Autrement, je savais peu de choses au sujet de l'organisme et de son personnel. Ce n'est que plus tard que je me suis davantage impliqué en participant à un documentaire tourné pour la télévision et diffusé sur le réseau Global Television au cours de l'automne 2004. Pour remercier l'employée à qui je devais ma participation, je me suis rendu au bureau principal situé à Toronto pour lui offrir quelques biscuits. C'est là que des employés qui m'avaient vu dans le documentaire m'ont reconnu et m'ont demandé à la blague si j'avais l'habitude de venir approvisionner le bureau. En plaisantant, je répondis que j'avais l'intention de repasser la semaine suivante pour apporter plus de biscuits.
Et je suis effectivement revenu, et pas les mains vides, croyez-moi!
C'est à cette époque que les choses ont vraiment commencé et m'ont permis de vivre une expérience... intéressante. Alors que mes visites de « ravitaillement » occasionnelles faisaient peu à peu parler d'elles, l'accessibilité du système local de transport en commun s'améliorait de manière fulgurante, ce qui a grandement facilité mes déplacements, de plus en plus fréquents par la suite. En même temps, je devenais si efficace dans la préparation de desserts que, moyennant peu de temps, d'efforts et d'argent, je pouvais satisfaire l'appétit d'une douzaine de personnes au cours d'une visite. Au fur et à mesure que le personnel et moi-même apprenions à nous connaître, j'obtins le privilège de pouvoir participer au travail quotidien de la Société canadienne de la sclérose en plaques d'une manière qui m'aurait paru impossible à l'époque où je commençais à apprendre à vivre avec la SP.
Le reste, comme on dit, appartient à l’histoire!
Maintenant, je rends visite au Bureau national une douzaine de fois par année, les bras chargés de pâtisseries, dans le but de faire plaisir à ceux et à celles qui y travaillent en leur permettant de se sucrer le bec et d'ingérer quelques glucides. De plus, ma réputation de fournisseur de bonnes choses à manger s'est répandue à la périphérie de la Société. C'est ainsi que j'ai pu sympathiser non seulement avec une grande partie du personnel de la Société, aussi dévoué que sympathique, mais également avec plusieurs de ses administrateurs et même des chercheurs de renommée mondiale spécialisés en SP, dont j'ai pu remercier personnellement les équipes de professionnels en leur offrant occasionnellement de copieuses quantités de gâteries sucrées.
J'ai finalement pu acquérir une ou deux aptitudes essentielles à la vie, de même que rencontrer des gens qui sont devenus pour moi des amis précieux!
Dernièrement, la Section Toronto a tenu sa campagne annuelle en partenariat avec Centraide. Par coïncidence, je suis passé cette semaine-là pour remettre à un ami et employé de la Société un « gâteau de remerciements » que j'avais moi-même préparé. L'un des membres de la Section a demandé à l'improviste si je serais prêt à offrir un pain aux bananes au profit de la cause. Il s'en est suivi deux jours entiers de préparation intensive dont la production a consisté en une trentaine de pains de différentes sortes et aux saveurs variées, et c'est avec fierté que je vous informe que ces derniers ont rapporté plus de 200 dollars à l'issue d'une vente aux enchères.
Finalement, quel peut bien être le rapport entre tout ce que je viens de relater et la possibilité de stopper la SP? Voici la réponse :
La Société canadienne de la sclérose en plaques est un organisme géré et soutenu essentiellement par des bénévoles. Toutes les sections du Canada et les unités sont gérées par un conseil d'administration dont les membres consacrent volontairement une partie de leur temps sans aucune rémunération en contrepartie. Il y a également les innombrables Marches de l'eSPoir, les ventes d'œillets le jour de la fête des Mères et les événements culinaires À table pour la SP, dans presque toutes les villes de notre pays, sans oublier les nombreux tournois de golf, collectes de fonds privées et autres initiatives. Tous ces événements sont organisés et soutenus par des bénévoles qui sont heureux d'agir, sans autre récompense que la satisfaction de pouvoir changer le cours des choses pour eux-mêmes et les personnes qui comptent pour eux.
Ne croyez surtout pas, ne serait-ce qu'un instant, que vous êtes démunis simplement parce que vous êtes atteints de sclérose en plaques. L'une des réalisations les plus réussies en ce qui concerne la cause de la SP a été entreprise par une femme dénommée Kathy Harvey, dont le corps s'est trouvé entièrement paralysé par la SP alors qu'elle était encore une jeune femme. Décidée à se prendre en mains et à aider les personnes aux prises avec cette maladie, elle a appris méticuleusement par elle-même à peindre avec la bouche et a commencé à faire des tableaux consacrés à Noël, à raison de un tableau par année, et ce, pendant près de trente ans. Ses peintures ont été reproduites sur des cartes de vœux par la Section Mississauga (Ontario), dont la vente a rapporté des dizaines de milliers de dollars destinées à aider des gens atteints de sclérose en plaques.
Chacun de nous possède des dons et a la capacité de mettre à profit ses talents afin de rendre meilleur le monde dans lequel nous vivons. Si vous vous sentez démuni ou vous considérez comme une victime de cette maladie, prenez en compte les talents qui sont les vôtres. Encore mieux, voyez les aptitudes que vous avez acquises en apprenant à vivre avec la SP. Croyez-moi, vous tous avez aussi le pouvoir de changer le cours des choses. Vous tous pouvez changer le monde.
Vous avez tous le pouvoir… de stopper la SP!
Irrévérencieusement,
Augy, qui est vraiment à ses fourneaux à présent!