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« Ah s'endormir comme d'habitude et s'éveiller le lendemain » (Dalida)

07 août 2008 Michael AugustineRead in English

Désolé pour ce mauvais lien musical, et celui qui suit, mais je rêve que je dors (Philippe Léotard). En fait, je pourrais aller mieux. Les chansons témoignent bien de la vie. De plus, les chansons françaises ont souvent moins la cote que leurs « rivales » anglaises, alors je me sens un peu moins coupable de les utiliser, parce que je me dis que je les mets en valeur.

Une fois de plus, je suis debout au petit matin. Je commence à douter sérieusement du rendement du marchand de sable, et il se peut même que j'envisage une poursuite judiciaire. Mais soyons juste : en fait, je me suis réveillé à minuit trente et des poussières. À part un bref répit d'une vingtaine de minutes que j'ai passées à dormir dans la salle de bain, assis dans mon fauteuil roulant, la tête sur les bras, eux-mêmes croisés sur le comptoir, j'ai été tout à fait éveillé depuis.

De là à dire que j'ai aussi été tout à fait cohérent, on pourra en débattre plus tard, à la fin du feuillet d'aujourd'hui, ou plutôt de ce matin. 

Récemment, je suis allé à une clinique du sommeil dans la grande région de Toronto, pour mieux comprendre ce qui m'arrive et surtout pourquoi! Les cliniques de sommeil sont des endroits dotés de petites suites meublées, comme dans un hôtel, où l'on passe la nuit pour faire surveiller son activité nocturne, ce qui permet de repérer les signes de complications. Le but de l'opération est d'obtenir un diagnostic et, ultimement, des solutions. 

J'admets sans conteste que je ne suis pas un expert en médecine; on pourrait plutôt me qualifier, au mieux, de profane raisonnablement incompétent. Cependant, je trouve plutôt, disons, « déconcertant » que ce qu'une clinique de sommeil considère comme une technique efficace pour mesurer l'agitation nocturne soit de me connecter à un système qui ferait même dire à un astronaute « comment voulez-vous que je relaxe là-dedans! ». 

Permettez-moi de vous donner une petite idée du processus : on commence par me coller, avec des mottes de cire collante et de ruban-cache, une trentaine d'électrodes sur tout le corps (dont plus de dix sur le crâne et la face). Ces électrodes sont branchées à une grosse boîte lourde qu'on place sous l'oreiller, désormais cahoteux, par de longs fils. Tout ceci limite considérablement les mouvements. 

Ensuite, on me momifie l'index en l'enrobant d'un capteur (qui empêche complètement l'index de plier), lui aussi connecté à un moniteur par un cordon long et lourd, ce qui limite d'autant plus la possibilité de me retourner. Les préparatifs continuent : on me fixe fermement deux grosses ceintures noires au thorax et à la taille. On s'empresse bien sûr de veiller à mon plus grand confort en m'informant poliment que, si j'ai besoin de quoi que ce soit, je n'ai qu'à leur faire signe, puisqu'il y a un microphone et une caméra qui leur permettront de suivre chaque parole et chaque geste depuis l'autre côté du mur, et ce, tout au long de la nuit. Le technicien termine en éteignant les lumières et en me souhaitant de bien dormir. 

Eh bien, je n'ai pas bien dormi. 

Qui d'entre vous l'avait prédit? Levez la main! 

Il semble que j'aie pourtant dormi, juste assez longtemps pour qu'on puisse conclure que je fais un peu d'apnée du sommeil, une perturbation du sommeil courante qui se traduit par des interruptions, très brèves mais chroniques, de la respiration pendant la nuit. L'apnée du sommeil est la cause la plus courante du ronflement (il semble pourtant que je ne ronfle pas, en général, mais ce symptôme n'est pas toujours présent dans l'apnée du sommeil). Il va sans dire que le traitement se poursuit. J'ai eu un deuxième rendez-vous samedi dernier et, croyez-moi, cette histoire-là est encore plus amusante que la première. J'aurai aussi un troisième rendez-vous la semaine prochaine. Je vous tiendrai au courant des « Aventures du petit Augy au pays de Morphée » à mesure que la blague progressera. 

Maintenant, je m'en vais faire un tour dans le rayon des viandes froides du dépanneur derrière chez nous pour me trouver de la dinde rôtie, en espérant qu'un déjeuner de charcuterie composé de rôties, de laitue, de tomate et de tryptophane m'endormira comme tout bon repas de dinde devrait le faire. Sinon, j'attrape un autobus, dans mon pyjama fripé, et je me rends à côté, à Toronto, où je pourrai rouler en métro, sans but et dans un brouillard semi-lucide, gaspillant mon temps de façon originale en attendant que le sommeil me reprenne. 

Ne vous en faites pas, personne ne remarquera. Après tout, c'est Toronto! 

Irrévérencieusement, 
Augy, qui croit fermement que, s'il devient célèbre un jour et qu'on écrit sa biographie, on hésitera à la classer dans les catégories humour ou documentaire.

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